Extraits

Jean-Louis Simon – Bateaux de papier

Tremblements dans la Terre
tremblements dans la voix
Fukushima pleure
               Le vent dans les pins
premiers frissons
chant de l’aube
    De mon bateau de papier
je te livre mes secrets
je ne suis qu’une âme de passage
        
Bois flottés sur la grève
la mer renvoie
l’éphémère de la vie
      Écouter la pierre
ressentir ses ondes
entendre l’éternité
    Aller au coeur de ton être
rêver un autre monde
te peindre en mots
   

 

LES EDITIONS n&b

Antigone Trogadis – Le Rire amer d'Aristophane

                                                                                                                                                                                                                                                    

Extraits

Qui ne voudrait se laver d’Athènes ? Depuis plusieurs mois un vent mauvais traverse la ville, un vent de haine et de misère, un tourbillon qui a jeté les aînés dans la rue, les enfants dans la faim et le dénuement. La ville s’est déformée, les visages se sont murés, les regards se sont perdus dans le vide, quand ils ne sont pas habités par la peur, par l’angoisse ou par le désarroi. Toute l’Attique est flétrie : les sites olympiques, qui flamboyaient il y a encore quelques années, ne sont plus que ruines. Au mieux ils abritent des dispensaires humanitaires. Au pire, ils ne sont plus désormais qu’un espace de désolation, désertés, aux murs écaillés, envahis par les mauvaises herbes ; des bassins rouillés, des sièges défoncés. Loin des vestiges antiques, patinés par des siècles d’usure, sublimes jusque dans leur effritement, les ruines modernes s’oxydent presque instantanément sous l’effet du temps, ce catalyseur qui donne à goûter la déchéance à ceux mêmes qui avaient côtoyé l’illusion de la gloire. Un immense déchet dans le monde du jetable. Alors, aujourd’hui, sur le pont du bateau, Ariane prend égoïstement plaisir à laisser loin derrière elle les murs barrés de tristesse et de révolte, les trottoirs hantés par les sans-abris couchant à même le sol, les jeunes aux cheveux nattés en tresses floues, indistinctes, tenant d’une main la laisse de quelque grand chien au poil ras et à la couleur indéfinie et de l’autre une bouteille de bière ambrée qu’ils portent avidement à la bouche. Sans parler des autres, les pires, ces forces nocturnes qui hantent de plus en plus souvent les rues et les esprits de leur violence et de leur haine. Ici, sur le ferry, le nez pointé vers le ciel fouetté par le vent, elle réussit à balancer par-dessus bord la déception qui l’a progressivement gagnée depuis son retour au pays, et la colère qui la ronge de plus en plus souvent, lorsqu’elle assiste, passive et impuissante, à ce lent naufrage. Quant au soleil, auquel elle abandonne ses paupières, il se charge de la purifier de ces visions.

[…]

Lorsqu’elle se réveille de sa sieste, bien après avoir lavé les assiettes et les verres et s’être remise à l’ouvrage, bien après s’être endormie, comme une masse sur son lit de camp, la broderie posée tout près d’elle, le livas est parti comme il était venu, en silence, en traître. L’air est devenu un peu plus respirable. Le ciel, presque crépusculaire, renvoie sur l’aile des voitures que Shérine aperçoit par le soupirail, un rougeoiement sanguin et joyeux, comme une invitation à sortir. Des connaissances de Kaiti sont là, dans le salon, Shérine les entend parler de plus en plus fort, une excitation grandissante qui se répand dans la pièce. Puis la porte d’entrée claque. Ils sont sortis. Shérine s’aventure jusqu’au salon et, bien cachée derrière le rideau, jette un œil dehors. Ils sont toujours là, à discuter et à guetter le coin de la rue, à attendre un retardataire sans doute. Leurs tenues un peu défraîchies par le temps et la chaleur sauvent pourtant les apparences et montrent qu’ils s’apprêtent à aller quelque part. Kaiti presse tout le monde. Shérine les voit rire comme jamais, avec une insouciance qu’elle n’avait jamais vue en Grèce. Comme un jour de fête. Mais que reste-t-il à fêter ? Les dames ont pris chacune sa petite pochette, une de celles que crée Kaiti, des pochettes en satin, ornées d’un grand fermoir doré. Si voyantes qu’elles ne risquent pas de les perdre. Shérine a un mouvement de recul. Ce frottement sur le plancher, ces bruits ténus qui soupirent dans la maison, c’est lui. Il n’est pas sorti ; il n’est pas avec eux. Il est ici. Quelque part dans la maison, finit-elle par comprendre, tout près d’elle. Et quand elle se tourne vers le vestibule qui mène aux chambres, il se tient là, à quelques mètres de Shérine qu’il regarde – depuis combien de temps ? – de son air hostile.

[…]

La toile illuminée, teinte dans son tiers supérieur d’un bleu azur discret mais nuancé, ne laisse pas apparaître le décor traditionnel des aventures de Karaghiozis, sa cabane de pauvre et le sérail du pacha. Juste la silhouette de deux arbres massifs, des chênes peut-être, aux feuilles sombres et épaisses, de part et d’autre du paravent. Karaghiozis et son ami Hatziavatis surgissent chacun de leur côté, un oiseau agrippé à leur bras. Dans un silence relatif, entrecoupé de temps à autre d’un klaxon lointain ou d’une remarque formulée d’une voix un peu trop forte par un gamin, on entend Karaghiozis pester contre son choucas tandis que Hatziavatis se plaint de sa corneille ; ils leur reprochent aigrement de les avoir égarés en pleine nature, tout en maudissant le marchand d’oiseaux qui leur a vendu des incapables pareils. Où trouver à présent un lieu pour fonder leur cité ? C’est à ce moment que surgit de derrière le feuillage une huppe qui n’est autre que Térée, le premier homme à avoir été transformé en oiseau. En découvrant son plumage étrange, « cette façon de porter la triple aigrette », les deux compères, pris de peur, reculent, se bousculent sans le vouloir, avant de reprendre leurs esprits et lui confier leur grand projet : édifier une cité des oiseaux.

[…]

 

 

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Marlène Sainte Marie Perrin – Le samouraï de l'époque Edo

Parfois son pinceau
Trace le portrait de l’Aimé
Tel qu’il était
En ce matin de mai
Comme ils se penchaient
Ensemble,
Sur le bassin des carpes.

Tout leur souriait
L’air, la lumière,
La présence des femmes,
Devisant à voix basse.

Seule Nourrice,
Qui veille d’un amour inquiet,
Murmure,
Tandis qu’elle lui enlève ses peignes :
Enfant, ne l’aime pas si vite,
Son orgueil sera plus fort que la
Parole donnée.
Il sera l’artisan du malheur.
Quel malheur Nourrice ?

 

 

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Mireille Piris – Boulevard des Orangers

                                                                                                                                                                                                                  

Marcher dans les rues de Blida, c’est être en alerte, sur le qui-vive, oui, le qui-vive,
c’est l’envie d’avoir des yeux à facettes comme les mouches, ou des antennes dans le dos,
un instinct d’animal, une prémonition de chaque danger.
Et c’est dans le même temps cultiver l’insouciance, l’insolence, l’arrogance
qu’il ne peut rien vous arriver, pas à vous, pas là, pas maintenant,
parce que c’est juste insupportable d’y penser tout le temps.
Alors on oublie, on fait le boulevard, on va au ­cinéma, on va danser, jusqu’à ce qu’un petit grain fasse dérailler l’illusion, un couvre-feu plus tôt, un couvre-feu en plein jour, à midi même parfois, il faut rentrer chez vous, là, tout de suite,
ou une rumeur, ou une détonation et ça recommence,
le sauve-qui-peut, le qui-vive, le qui-vivra, le qui-vivra verra. Quoi ?

 

Heureusement il y avait les livres, il y avait tout dans les livres, des mots, des phrases, des fenêtres, des ciels, des pans de mur qui tombaient, des paysages, des sentiments inexplorés, des images comme des fleuves, des océans, des forêts.

 

 

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Sophie Charpentier – Sur tes traces

Veilleur de l’ombre,
L’ange a niché ses plumes
Sous l’aile d’une statue,
Lumineux pléonasme ;
Qu’est-il
L’ange qui n’a d’ange que le nom,
Le regard d’en haut,
Le regard d’au-dessus ?
Ange sans obédience,
Ange du paradoxe,
Ange sans être ange,
Sans cesse voyageur caressant
De son œil doux
Les petites taches disséminées par terre,
Celles qui ne croient plus aux anges
Pour avoir trop frôlé
Celui de la mort,
Ange que dans les prières
Et les démissions
Au sol on ressuscite,
Suivant à la trace
Les pas dans la neige,
Les pas de la faim à la poursuite de
La petite poule noire qu’on égorge,
En semant des perles de sang
Comme des boutons sur une robe de mariée,
Une promise avec au sein gauche
Une fleur rouge qui dégouline lentement
Sur la fourrure immaculée de l’hiver
Si difficile à pénétrer
Dans cette traversée d’exil,
Ballet désarmé d’imperméables et de parapluies,
Traînant derrière eux des cantines
Et des valises en carton.

 

 

 

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Murièle Camac - Regarder vivre

L’herbe jaunit entre les rails rouillés
mais la lumière d’automne donne
à toute cette fatigue de périphérie
des airs de vieilles dorures aristocratiques
entre les rails il y a presque de la place
pour un morceau de prairie de l’Ouest
une idée de grands espaces
on y croiserait presque un cheval


l’eau du canal reste plombée
intouchée par le soleil
comme une vie tracée sans surprise
c’est une eau sans méandres
et d’où aucun poisson ne s’envole


mais entre deux canaux de rouille
il y a quand même un peu de place
pour que l’herbe attrape
la lumière d’automne
et ses visions inattendues
l’or la beauté la liberté

 

 

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Jean-Michel Tartayre – Vers l'été suivi de Fractions du jour

Dans l’embrasure de la porte.
 
Fraction du jour déclinant
De l’autre côté de la rue.
 
Comme des flaques les rayons
S’épandent sur l’avant-toit voisin.
 
Rideaux tirés aux lucarnes.
 
Seul –
Et les yeux qui glissent     plus haut
 
Sur l’autre pente ocre
 
Jusqu’aux tuiles faîtières,
En contrebas d’azur.

 

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Antigone Trogadis - L'éternité en moins

 

Rome, le 24 janvier 1967

Ça hurle en moi. Mes veines défoncent ma peau et en moi ça crie, ça hurle encore, jusqu’à ce que mes tempes cognent contre mon crâne, comme des folles qui cherchent à se sauver, des folles essayant de fuir leur propre folie.
Ça hurle en moi, mais je reste bien droite, figée, la main sur la poignée froide de la porte de notre chambre, que je viens d’ouvrir, il y a trente secondes, à moins que ce ne soit il y a une heure ou une semaine. Autour de moi, il n’y a qu’un silence épais comme un suaire de laine, un linceul d’ouate qui recouvre tout. Je ne perçois encore que le bruit de mes veines tambourinant sur mes tempes. Le cri qui aurait dû jaillir de ma bouche est venu s’agglutiner en plein milieu de ma gorge, en un noeud figé qui ne veut plus me quitter.

 

Athènes, mi-novembre 1974

[…] Soudain, il tombe en arrêt devant la vision de l’Acropole qui a surgi au loin, violemment, devant lui. Manos s’est toujours senti du côté de la modernité. De l’Histoire en devenir, au jour le jour, celle qu’il sent se tisser en même temps qu’il mûrit. D’où sa relative indifférence aux ruines, vestiges vénérables mais qui lui semblent énigmatiques et impénétrables, compagnons du quotidien qui l’excluent pourtant de leur monde. Mais ce jour-là, au moment où le Parthénon se dresse au loin, dans une demi-brume grisâtre, géant déchu et mutilé, il en perçoit toute la fragilité, il lit soudain l’Histoire du pays sur ses courbes défaites, sur son fronton fracassé, sur ses colonnes mordues par le temps, sur ses couleurs à jamais diluées dans la poussière jaunâtre du marbre. C’est bien la Grèce qui trône là, pathétique, nue aux yeux de tous, si patente qu’elle en est devenue invisible. Corrosion, corruption.

 

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Dominique Fernandez - Fragments d'exil

   Les ronces de l’exil

 

Les barbelés nous clouent
Des couronnes d’épines
Les ronciers du passage
Nous écorchent le cœur

Dans la nuit d’Argelès
La tramontane glace
Le sable du mépris
Où crèvent nos enfants
 
La pena es infinita
Al pasar esta raya
Les quedan a los otros
El miedo y el silencio

Et pendant que l’Espagne
Va s’habiller du noir
D’un impossible deuil
Les pays de l’Europe
Se repeignent en brun

Les barbelés nous clouent
Des couronnes d’épines
Les ronciers du passage
Nous écorchent le cœur

Les barbelés nous clouent
Des couronnes d’épines
Les ronces de l’exil
Nous déchirent le cœur


 

 

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Juliette Noureddine - La Valse

Une passante

 

   Ceux qui fréquentent assidument le Café de la Paix se souviennent sans doute de ce délicieux jeune homme, toujours de noir vêtu, qui, hiver comme été, perdait des heures à la devanture de cette noble institution, à regarder ostensiblement passer les femmes.

   Il les observait avidement, scutait, étudiait, devinait, contemplait, admirait ou jugeait le geste et l'attitude, la silhouette et le maintient des blondes et des brunes, des ordinaires et des extraordinaires, des jeunes et des vieilles. Il les buvait des yeux, où se lisait ce qu'on lit dans les yeux d'un homme qui a soif et qui regarde l'eau couler dans ses mains en coquille. La grâce infinie des nuques où dansaient les petits cheveux rebelles aux épingles des chapeaux le faisaient rêver jusqu'à ce que surgisse la suivante.

   Le plus souvent, ces dames ignoraient jusqu'à l'existence de ce feu fixé sur elles depuis la terrasse devant laquelle elles “balançaient le feston et l'ourlet” !

 

 

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Michel Diaz - Partage des eaux

   Ligne de partage des eaux, notion de géographie pure, dont la force d’évocation poétique est si belle à mes yeux que j’en attribuerais volontiers la paternité à Jules Supervielle ou à Robert Desnos…

    C’est en randonnant en Ardèche, par un lumineux matin de juillet, que je remarquai le panneau. Un vieux panneau rouillé, planté là, au bord du sentier, depuis un temps immémorial, au beau milieu de nulle part, et dont les lettres survivantes signalaient au marcheur que ses pas, montant et descendant, en fonction de la configuration du terrain, ne faisaient rien d’autre que suivre la ligne du partage des eaux. Je m’arrêtai devant ces mots que je lus, et relus, avec une émotion au moins égale à celle qui m’aurait saisi si j’avais dû y déchiffrer le nom de la vieille ville de Babylone, écrit en caractères assyriens, et promettant de m’introduire, au-delà de la porte d’Ishtar, sur les toits fameux des palais où, à l’ombre des citronniers, les siestes devaient être délicieuses.
   Je mis mon sac à dos à terre et, boussole à la main, dépliai la carte I.G.N.. Le partage des eaux y était figuré par une ligne continue de pointillés qui partageait en deux les montagnes d’Ardèche. Au sud-est, elles descendaient doucement vers la mer, la ­Méditerranée, celle des anciens Phéniciens (j’allais écrire Phéaciens). Au nord-ouest, elles s’en allaient en ondulations chaotiques vers les plateaux de Haute-Loire et les rondeurs des puys d’Auvergne, au-delà desquelles, beaucoup plus loin, s’étendent les rivages atlantiques et les falaises de la Manche, qui virent passer les Vikings portés par leurs vaisseaux à têtes de dragons. Alors que je croyais d’abord marcher sur un simple chemin de crête, je dus réaliser que j’avançais, en vérité, et tel un funambule, sur la mince corde tendue qui sépare deux mondes, et qu’il me suffisait de quitter le sentier, de faire un pas à gauche, ou d’en faire un à droite, pour me retrouver dans l’un ou dans l’autre, comme on sort par la porte-fenêtre de son séjour pour se trouver sur la terrasse, au-dessus des massifs de roses de son jardin. Délicieuse et ­extravagante impression !… Et j’imaginais Desnos écrivant :

    Il y a un moment précis dans le temps
    Où l’homme atteint le milieu exact de sa vie,
    Un fragment de seconde,
    Plus rapide que la lumière
    Où il franchit la ligne,
    Mince comme un rasoir,
    Du partage des eaux.  

 

 

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Antigone Trogadis - Grecques

  Et la vérité la saisit là, dans la brise vivifiante, parfumée aux mûres, tandis qu’elle se tenait debout et immobile sur la terrasse, comme étrangère à l’émoi qui avait saisi aussi bien Liakos et Despina, que les nonchalants du café et les voisins attroupés autour de la maison pour la circonstance.

   Le Dieu dont parlait le pope, avait pris son compas. Il avait tracé un cercle parfait et magique, circonscrivant le village hors du temps, loin des autres villes, loin de la mer, loin de la capitale, loin de ses parents. Puis il avait oublié Stamena, ce village perdu qui la happait, et l’avait laissé aux créatures maléfiques, dont certaines gardaient la frontière et d’autres dansaient des rondes infernales. Il avait planté la pointe du compas dans le muret de sa grand-mère, faisant éclore au centre de cette circonférence de feu, la laideur et le mal. Peut-être était-ce pour cela que le lion avait surgi, un jour, comme un avertissement à tous ceux du village, qui devaient avoir commis quelque faute épouvantable.

   Comme à chaque fois qu’elle dénichait une vérité, Ismène se sentit rassérénée. Elle pouvait s’asseoir et reprendre le fil de sa lecture, sans se soucier du brouhaha environnant.

 

 

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Colette Elissalde - Ecorces du temps

Le jour fut tout entier

rayonnant

jusqu'à cette heure

où un autre monde

celui du soir

se pose

dans un fervent silence

 

un brin de falaise

chaude encore

cueilles des bribes

du soleil

calcaire étincelant

ultime facétie

jetée par la lumière

LES EDITIONS n&b

Colette Elissalde - Ecorces du temps

Le cœur a perdu le nord

Le vent souffle où il veut

Il volera par-dessus la ville

se pliera avec les bambous

saura où trouver la mésange

et l’œil du cyclone

il battra tambour sur les volets

balaiera le jardin

passera par la cheminée

jettera le doute

dans la maison

il s’évanouira près de toi

jusqu’à l’heure bleue

où les poissons se coucheront

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Jean Damien Roumieu - Dans la chaleur des mains

A fleur de chair

la mémoire du vent

 

Ma main

cherche ton sein

et mon extase ancienne

 

Tes yeux verts

me poursuivent

au chambranle des portes

 

Stèle sans raison

s’érige le poème

 

Je tremble

je dévisage l’ombre

 

Bientôt le crépuscule

ses écailles profondes

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Barasc Katy - Que ferions-nous de ce silence ?

Que ferions-nous de ce silence         rendues à l’im-

mobilité des heures

Des ciels plus clairs contre la nuit       d’une ombre

qui insiste entre les pages de nos livres

Que ferions-nous de ce silence        lampes éteintes

et miroirs blancs ?

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Michèle Capolungo - Vivre loin des colons dans l'écrin des sillons

 

Perce-neige

 

Restait si peu de distance

jusqu'à ce que se traverse

l'épicentre.

 

Transparent laissez-passer,

aller simple,

transperc'émoi,

transport oblitéré.

 

Le prisme

du séisme,

illusion

sans fusion.

 

Le froid comme allié,

enserrer à bras-le-corps

toutes les périphéries

du désir.

 

Inspirante crevasse

où s'éboulent joies douleurs,

se comblent de quelques fleurs

 

sur la migrante nasse

 

de l'amour.

 

 

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Progreso Marin - Buées

Sans les veines de l'enfance

Les chemins durcissent.

 

Sans la buée des vitres tremblantes

Aux carreaux rouges et blancs

L'aquarelle se fige.

 

Sans le verre soufflé des premiers âges

Le sable étouffe les pas.

 

La pompe

Des rêves

 

Amorce

Le réel.

 

 

LES EDITIONS n&b

Christian Glace - Taille directe

Taille directe du présent

greffe des gestes aux racines premières

alliage éphémère

lumière toujours neuve de la pierre

les graminées la joie légère

                dans la main de la métamorphose

                naître à nouveau du ventre de la terre

                pousser comme tige vertige

                naître je m’en fiche en vrac en friche

                                                    homme femme

                                                    animal végétal

                 naître encore d’un mouvement de matière

                 éveillé dans les chaînes de lumière            

 

 

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